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Partie 1 : Le contexte historique de la profession vétérinaire au XIXe siècle

Pour mieux comprendre les raisons et les conditions qui ont permis et motivé la création de l’ACV, il nous faut commencer par revenir au contexte politique mais aussi professionnel du XIXe siècle. L’exercice de la médecine vétérinaire existe alors depuis à peine un siècle. La profession ne s’est pas organisée pour défendre ses intérêts même si quelques voix éminentes commencent à s’élever. Aucune couverture sociale n’existe et la médecine vétérinaire n’a de sens qu’à travers la pratique de la médecine équine. 

1 - Quand vétérinaire se confond encore avec pratique des soins aux chevaux

     1.1 La création de la profession au milieu du XVIIIe siècle

Au milieu du XVIIIe siècle, Georges-Louis Leclerc, comte de Buffon, éminent biologiste et naturaliste, est le premier à décrire la nécessité de créer la profession vétérinaire. Ainsi, dans son histoire naturelle, l’œuvre de sa vie, il écrit : « Je ne puis terminer l’histoire du cheval sans marquer quelques regrets de ce que la santé de cet animal utile et précieux a été jusqu’à présent abandonnée aux soins et à la pratique, souvent aveugles, de gens sans connaissance et sans lettres... Je suis persuadé que si quelque médecin tournait ses vues de ce côté-là, et faisait de cette étude son principal objet, il en serait bientôt dédommagé par d’amples succès ».

 
Puis, Claude Bourgelat, ancien avocat, évoque dans ses éléments d’hippiatrie publiés en 1750, la nécessité de créer des écoles où seraient enseignés les principes de la médecine du cheval : en ce milieu du XVIIIe siècle, la profession vétérinaire est en train de naître. En effet, depuis le Moyen Âge, les soins dispensés aux animaux l’étaient au mieux par des maréchaux-ferrants, au pire par des charlatans, qui exploitaient la crédulité des paysans. A l’époque, seule la santé du cheval pouvait préoccuper les classes privilégiées. Nul ne s’intéressait au bétail, sauf en cas d’épizootie meurtrière se répandant sur l’ensemble du pays et portant gravement atteinte aux revenus seigneuriaux. Dans ces cas là, une commission composée de médecins et de chirurgiens était chargée d’étudier les épizooties et de proposer au roi les mesures à prendre pour les combattre. Ces commissions ont donné naissance aux premiers édits royaux de police sanitaire en 1714, avec des mesures telles que l’enfouissement des animaux morts et l’interdiction des mouvements de bétail dans les régions infectées. Mais mises à part ces mesures globales dictées par les médecins, il y avait une véritable carence dans les soins dispensés aux animaux. Les vétérinaires avaient leur place à prendre. Ainsi, grâce à la volonté de Claude Bourgelat, la première école vétérinaire au monde fut créée à Lyon en 1762 et la deuxième à Alfort en 1766. 

     1.2 Le début d’un long combat pour se distinguer des maréchaux et éliminer les empiriques 

Au XVIIIe siècle, le cheval est le moteur de l’économie française (transport de personnes, transport de marchandises, guerre, agriculture). Les questions touchant à son pied, l’art de la forge et de la ferrure, sont des notions essentielles pour les vétérinaires. Les élèves vétérinaires sont donc recrutés, plus pour leur habitude à manier les chevaux que pour leurs capacités intellectuelles. Ainsi, sans limite d’âge, sont recrutés des fils de cultivateurs et surtout de maréchaux-ferrants avec les plus simples notions de lecture et d’écriture. Ce système de recrutement est néfaste par la suite pour la profession vétérinaire car, pour lutter efficacement contre les empiriques, il fallait commencer par créer une élite. 


Pour mieux comprendre pourquoi la lutte contre ces empiriques a été la première raison de regroupement entre vétérinaires, il faut revenir à sa définition. Le principe de l'empirisme est que toute connaissance provient essentiellement de l'expérience. Représenté par exemple par le philosophe anglais Francis Bacon (1561-1626), ce courant considère que la connaissance se fonde sur l'accumulation d'observations et de faits mesurables, dont on peut extraire des lois générales par un raisonnement inductif. L’empirisme laisse donc une grande place à l’intuition et s’oppose à la fois au rationnel et aux méthodes diagnostiques vétérinaires, basées elles, sur un raisonnement déductif. Au XVIIIe siècle, ce courant est particulièrement influent puisque les « lumières françaises » comme Voltaire et Diderot, en sont partisans. Sous les débuts de l’Empire, au début du XIXe siècle, toujours dans cette lutte contre l’empirisme, des voix se font entendre pour élever le niveau d’instruction des élèves admis aux écoles vétérinaires. Selon Cabanis, célèbre médecin, physiologiste et philosophe français de la fin du XVIIIe siècle, il faut substituer des vétérinaires instruits « aux empiriques ignorants qui ravagent les campagnes ». Le recrutement des élèves est aussi contesté par Aygalenq, éminent vétérinaire du XIXe siècle. Il décrit ceux-ci comme « de bons maréchaux sachant tout juste lire et écrire, et qui sortent des écoles aussi ignorants qu’ils y sont entrés ». 


Durant cette période, une distinction très importante apparaît pour la profession : l’enseignement à deux degrés. Au bout de trois ans, les élèves obtiennent un diplôme de maréchal-vétérinaire. Les meilleurs sont admis à faire deux années supplémentaires pour obtenir le diplôme de médecin-vétérinaire. 


C’est le début de la différenciation entre les vétérinaires et les maréchaux mais la lutte contre les empiriques, elle, ne fait que commencer. Ce combat est néanmoins bénéfique pour la profession puisque c’est, pour elle, la première occasion de se réunir. 

     1.3 Le milieu vétérinaire parisien au XIXe siècle 

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, le Paris de la « belle époque » laisse place à la révolution industrielle marquée par l’utilisation du pétrole et de l’électricité. Les omnibus à impériale, attelés à 2 ou 3 chevaux sont remplacés progressivement depuis 1897 par des autobus à moteurs, des tramways électriques et des taxis.
Les chevaux restent malgré tout très nombreux dans Paris car ces nouveaux moyens de locomotion ne peuvent absorber tout le développement industriel et commercial. Il y a beaucoup de sociétés de transport qui font fonctionner des coches et des diligences. A l’époque, une estimation fait état de 80 000 chevaux dans Paris, 150 000 en comptant la banlieue . Les vétérinaires ont donc un rôle capital à jouer. Dans cette deuxième moitié du XIXe siècle, ils sont d’ailleurs tous devenus vétérinaires et non plus maréchaux-vétérinaires ou médecins- vétérinaires. La pratique de la médecine canine commence à émerger (le nombre de chiens atteint 100 000 en 1900 à Paris) tout en restant marginale. La médecine équine reste l’essentiel de leur activité. 


À la fin du XIXe siècle, la médecine vétérinaire se confond donc encore avec la pratique des soins aux chevaux. Il y a bien quelques cliniques canines mais ces vétérinaires ne sont pas encore pris au sérieux. 


D’ailleurs toute installation vétérinaire à Paris comporte obligatoirement un atelier de maréchalerie et une infirmerie. Le personnel est composé d’au moins deux ouvriers, un maréchal ferrant et un apprenti pour les basses besognes. En ville, la raison principale de consultation reste les boiteries et l’usure des membres du cheval. 
Selon le colonel Dumeste, « parmi les grands praticiens, quelques uns, plus entreprenants que d’autres, plus actifs, plus audacieux, ont réunis entre leurs mains, d’importante clientèle et de vastes ateliers de maréchalerie, véritables usines à ferrer, où cinquante, soixante ouvriers et maîtres-maréchaux ferrent, au long des jours, des centaines et des centaines de chevaux ». 


Rien n’est encore prévu pour gérer les conflits survenant entre vétérinaires et propriétaires lors des soins aux chevaux. La responsabilité du vétérinaire peut être engagée avec des conséquences matérielles et morales. De même, aucune couverture sociale n’existe et pourtant, c’est l’époque du coup de pied de cheval, pouvant ruiner la carrière d’un praticien. De cet état de fait émerge le besoin de se regrouper pour se défendre et pour se protéger. De petits groupes commencent à s’organiser mais de façon marginale avec par exemple en 1866, la création d’une association mutuelle de prévoyance contre les accidents : l’Association Confraternelle et de Prévoyance contre les accidents entre les Vétérinaires de Paris, encore appelée la Confraternelle. Le but était de partager à plusieurs les responsabilités de chacun. L’idée est simple et efficace : une caisse commune à l’aide de laquelle pourrait être réglés, dans une certaine proportion et jusqu’à un chiffre déterminé de 3 000 francs, les accidents survenant aux chevaux, soit pendant le ferrage, soit au cours des interventions. Mais évidemment, seuls les praticiens présentant de sérieuses garanties morales et financières pouvaient appartenir à ce groupement . L’admission y était très difficile, l’empêchant de répondre aux besoins de toute une profession. 


La profession a alors d’immenses besoins: un besoin d’institutionnalisation pour parler d’une seule voix face aux pouvoirs publics, un besoin de reconnaissance pour éliminer les empiriques et lutter contre les pharmaciens, un besoin de prévoyance pour se secourir mutuellement en cas d’accident. Pour cela, la seule solution est de se regrouper, comme l’ont fait les médecins, pour être plus forts. 

2 La vague de structuration de la profession 

Selon Ronald Hubscher dans son livre, les maîtres des bêtes, les vétérinaires ont acquis, au milieu du XIXe siècle, un statut les faisant exister au regard de l’élite scientifique, mais il reste à mettre en place des structures institutionnelles et des réseaux de sociabilité. Il faut conférer une existence sociale à la profession et en faire un interlocuteur reconnu par les pouvoirs publics. Les enseignants vont jouer un rôle important dans la mise en place de cette identité professionnelle car celle-ci assurerait une position sociale élevée à leurs élèves, amenant les écoles vétérinaires au rang des grandes écoles. Cette prise de conscience des manques et des besoins de la profession va ainsi donner lieu à une vague de structuration de la profession, un peu avant le milieu du XIXe siècle : c’est le temps des sociétés savantes. 
Plus précisément, il va y avoir deux vagues de structuration. La première vague va lancer le mouvement dans toute la France et donner naissance à de multiples sociétés parisiennes et de province. Ces sociétés ne sont pas pérennes, faute de moyens et de buts clairement définis. La deuxième vague, tentera, quelques années plus tard, de faire émerger une instance nationale avec des objectifs plus précis. 
Il faut noter que maintes tentatives de création d’une institution nationale, par fusion de toutes ces sociétés locales, vont avorter avant le succès final. La raison principale de ces échecs est la lutte entre Paris et la province pour s’attribuer le monopole de la représentation professionnelle. 

     2.1 La première vague de créations : 1820-1860 

Entre 1820 et 1860, la profession assiste donc à une première vague de création de sociétés vétérinaires. Celles-ci s’inscrivent en France dans le contexte plus général d’une floraison de sociétés savantes et d’académies de province. Ces premières sociétés vétérinaires sont le premier pas vers une construction institutionnelle de la profession, et vont générer une véritable identité de groupe. 

La première société à avoir été créée est la « Société vétérinaire des départements du Calvados et de la Manche » en 1829 par Pierre Lecoq. Cette société se pose en défenseur des intérêts vétérinaires sur les empiriques grâce à la notoriété de ses membres et concentre ses travaux sur la zootechnie, la pathologie bovine et l’obstétrique. En 1831, dans sa lutte contre l’empirisme, elle est à l’origine de la première pétition pour la réglementation de la médecine vétérinaire.
Cette doyenne des associations est à l’origine du mouvement de structuration professionnelle qui gagne tout le pays. 
Dix ans plus tard est créée la Société vétérinaire de l’Hérault. Celle-ci se consacre également à la lutte contre les empiriques. Elle veut « se dégager de la foule des guérisseurs avec lesquels on les a trop souvent confondus et entrer seule en possession d’un art qui exige de fortes et savantes études». 
La Société vétérinaire du Lot-et-Garonne en 1840 puis celle de Haute-Saône en 1841 suivent son exemple.
La profession se structure et se regroupe donc un peu partout en France avec comme objectif principal l’élimination des empiriques. 
En 1844, c’est au tour de la capitale de fonder sa propre société. Ainsi 22 praticiens parisiens ainsi que des professeurs d’Alfort décident la création de la Société des vétérinaires de la Seine pour l’avancement de la science et l’amélioration de la position sociale des vétérinaires. Cette société affirme une identité parisienne mais réclame déjà une audience nationale. L’idée était de créer une société d’élite grâce à des membres éminents comme Bouley, Yvart, Huzard, Girard. Ceux-ci comptaient faire converger les sociétés provinciales grâce à l’autorité qui émanait de leur nom. La rivalité entre Paris et la province existe déjà tout comme le désir d’hégémonie et de domination des parisiens. Cette société se prétend l’instance représentative des intérêts professionnels. 
Au milieu du siècle, il existe 19 associations mais la domination de la société parisienne suscite de l’animosité, déjà révélatrice de l’opposition entre Paris et la province. Malgré leur but proclamé de défendre la profession, ces sociétés mettent rapidement l’accent sur les activités scientifiques auxquelles, du fait de leurs tâches quotidiennes, bon nombre de praticiens n’ont pas le temps de se livrer. Ces sociétés sont donc languissantes voire éphémères, mais elles ont le mérite de lancer un premier mouvement de structuration de la profession dans sa lutte contre l’empirisme. 

     2.2 La deuxième vague de créations au tournant des années 1880 

Après cette première vague de créations, quelques sociétés de cette première génération ont survécu, mais ce qui est important, c’est que les esprits sont maintenant mieux préparés à la construction d’une instance nationale. 
C’est la presse vétérinaire qui exprime le plus souvent la nécessité de cette instance nationale, qui serait le véritable lien fédérateur entre toutes ces associations, et qui serait plus à même par son poids de défendre les intérêts de la profession. En effet, le caractère professionnel de la médecine vétérinaire est encore loin d’être reconnu. Déjà en 1862, la Société vétérinaire de Haute-Garonne regrette « l’éparpillement et la désunion des vétérinaires ». « Développons en nous cet esprit de corps dont nous manquons complètement et qui fait la force d’institutions célèbres. Réunissons nous dans une même vue, un même esprit et luttons ». 


Mais cette prise de conscience collective n’empêche pas l’avortement de multiples tentatives, car une lutte entre les instances concurrentes fait rage, pour s’attribuer le monopole de la représentation professionnelle : à la force du localisme s’opposent les parisiens. A cela, s’ajoute la législation impériale qui freinait toute tentative d’organisation d’associations entre 1862 et 1865. Ainsi, si les sociétés de secours mutuels étaient autorisées sous certaines conditions, ce n’était pas le cas d’un organisme représentatif d’une catégorie d’individus. Une confusion naît entre ces deux notions et celle-ci freine l’émergence d’une véritable structure revendicative. 


En 1878, se tient à Paris le premier congrès national vétérinaire à l’occasion de l’exposition universelle. C’est de ce grand rendez-vous que va résulter la deuxième vague de créations de sociétés mais, avec cette fois, des objectifs plus précis : la constitution d’une caisse de secours, la protection légale de l’exercice de l’activité vétérinaire et l’élimination des empiriques. 


Cette fois, les attitudes sont plus offensives, car les confrères prennent conscience qu’il est absolument nécessaire d’organiser et surtout de défendre la profession, tous ensemble. Le président de la Société vétérinaire de la Nièvre, par exemple, est exaspéré à l’encontre des empiriques : « les empiriques, voilà l’ennemi ! L’ennemi qu’il nous faut combattre sans trêve ni merci, qui vit de honte, répand son venin, rampe et se faufile dans la fange où notre dignité nous interdit de le poursuivre et où la loi seule peut l’atteindre». 


De cette deuxième vague de structuration vont émerger de nouvelles sociétés de province, même si à l’époque, rien ne justifie la création et la persistance de toutes ces associations de prévoyance et de secours mutuels, compte tenu de la modicité des ressources financières mobilisables. 


Vont émerger également deux organismes nationaux par fusion de certaines sociétés locales : le Grand Conseil en 1879, sous influence provinciale et la future ACV, en 1889, sous influence parisienne.