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Partie 4 : Les années fastes de l’ACV : 1920-1940

1 - Dans la profession, c’est le temps du syndicalisme et de la création de l’Ordre 

Pendant la première guerre mondiale, la Fédération a sommeillé et, en 1920, se pose la question de sa transformation éventuelle en Syndicat.


En effet, depuis le 15 mars 1920, la loi autorise toutes les professions libérales à se syndiquer. Au congrès de Paris de 1920, c’est la naissance du syndicat national qui prend le nom de Syndicat national des vétérinaires de France et des colonies. C’est un vif succès et en 1924, 82% des vétérinaires y sont regroupés. La raison de ce succès est la satisfaction obtenue par la création du doctorat vétérinaire, point de revendication essentielle, sans parler de la loi de 1938 sur l’obtention du monopole de la médecine vétérinaire. Dans les premières années de l’existence du syndicat, d’autres organismes destinés à renforcer la solidarité professionnelle, voient le jour, par exemple, la « Prévoyance des vétérinaires », structure de soutien juridique de la profession concernant les confrères poursuivis en responsabilité civile. 


Un autre exemple est celui de « l’Office syndical de protection et de crédit professionnel aux pupilles du Syndicat », accordant des prêts d’installation, centralisant les demandes et les offres d’emplois. Une caisse de secours mutuels est transformée en caisse de retraite. De même, les assurances professionnelles se développent avec deux exemples en 1925 « l’assurance médicale et pharmaceutique » et « le secours ». Beaucoup de vétérinaires s’assurent individuellement : il faut compter à l’époque 5 francs par box pour un cheval qui vaut 6 000 francs. 


Le syndicat entretient d’excellents rapports avec les pouvoirs publics. Il agit comme un groupe de pression pour tenter d’arrêter ou de détourner des réformes jugées nuisibles à la profession. L’action du syndicat entre les deux guerres a fait accomplir de nets progrès à la cohésion de la famille vétérinaire. 


D’ailleurs, selon le dernier président du Syndicat national des vétérinaires de France et des colonies, « c’est au syndicat que la profession doit son unification morale, le syndicat lui a donné, lui a forgé une âme collective ». 


L’Ordre est créé en 1942, ce qui met les vétérinaires en parité avec les autres professions libérales. Il comprend alors deux structures distinctes. La première est une instance professionnelle, le Conseil supérieur chargé de la discipline et des règlements internes à la profession. La deuxième est un organisme juridique institué au niveau national et régional, qui veille à la moralité et à l’honneur de ses membres.


Le Conseil supérieur crée le code de déontologie et renforce le sentiment d’appartenance à la profession. Il définit les règles régissant les rapports entre les confrères et avec la clientèle, il instaure un tarif des honoraires et précise les obligations des vétérinaires dans la vie publique et privée. L’inscription à l’ordre deviendra par la suite obligatoire pour exercer. 


Ces deux organismes, l’Ordre et le Syndicat, regroupent très vite un grand nombre de vétérinaires et leur offrent la protection et la reconnaissance tant attendues. Les autres organismes de solidarité professionnelle (prévoyance vétérinaire, office syndical de protection et de crédit professionnel aux pupilles du Syndicat etc..), proposent désormais aux vétérinaires « les services » qu’apportaient certaines associations. De même, de multiples assurances professionnelles viennent concurrencer ces dernières. Celles-ci doivent donc évoluer, changer de rôle et de statuts. C’est le cas par exemple de la Confraternelle, association qui proposait de partager à plusieurs les responsabilités de chacun. Avec l’apparition des assurances, elle n’a plus de raison d’être et va alors changer complètement de rôle et de statuts à partir de 1935. 


Durant cette période de construction de l’identité professionnelle des vétérinaires et de leur reconnaissance institutionnelle et sociale, l’ACV est restée spectatrice au lieu de jouer un rôle de chef d’orchestre que souhaitaient les créateurs, peut-être en hésitant trop longtemps sur l’orientation qu’elle voulait donner à son action. 


Durieux explique très bien cette tendance à rester en retrait : « afin de préserver l’association de tout ce qui la divise, et partant affaiblit, ses administrateurs ont toujours eu à cœur de la maintenir au dessus de la mêlée, loin des conflits de doctrine ou d’opinion, hors de toutes préoccupations scientifiques ou syndicales ». 


Mais à force de se tenir à l’écart ou d’être tenue à l’écart et renvoyée à sa mission statutaire, quelles qu’en soient les raisons, l’ACV s’est marginalisée alors qu’elle aurait pu prendre un rôle central dans la profession. Ceci conduira, après 20 ans d’euphorie entre 1920 et 1940, au déclin inexorable de l’ACV après la deuxième guerre mondiale. 

 

2 - Les plus belles années de l’ACV 

En 1920, Paul Dechambre, 52 ans, professeur de zootechnie à Alfort et Grignon, succède à la présidence d’Hippolyte Rossignol (25 ans trésorier de l’association, 2 ans président). Paul Dechambre restera président 15 ans et portera l’association à son apogée. Le trésorier est Paul Rossignol, fils d’Hippolyte, qui poursuit lui aussi le combat de son père. Henri Vallée est secrétaire général. 

     2.1 Plus d’adhérents et plus de moyens 

Le rôle de l’ACV étant désormais bien délimité, à savoir secourir ses membres déshérités de la profession, l’association va vivre sa plus brillante époque entre 1920 et 1940. Les adhésions sont très nombreuses, ce qui accroît considérablement les moyens financiers de l’ACV et lui permet de redistribuer plus de secours, à ceux qui en ont besoin. 


En 1934, 85% des vétérinaires sont adhérents à l’ACV et dans son discours, Richard affiche clairement son objectif : atteindre l’unanimité. Ce but est presque réalisé en 1937 où l’ACV atteint son chiffre maximal de membres, à savoir 3 495 membres, soit la quasi-totalité de la profession. 


Ce succès n’est pas venu seul. Ainsi, il fut le fruit d’une inlassable activité de publicité: « C’est alors que se doivent d’intervenir dans chacune de nos réunions professionnelles ces zélés propagandistes que sont nos correspondants locaux, nos collègues directeurs des services sanitaires, les bureaux de nos sections syndicales... ». 


Cette activité propagandiste a donc porté ses fruits et le 5 janvier 1929, rappelant les débuts difficiles de l’ACV, Dechambre dit s’agissant des fondateurs « Peu nombreux d’abord et même combattus… les premiers membres attirèrent chaque jour un nombre croissant d’adhérents nouveaux. Chose à signaler, ce furent ceux qui, n’ayant de toute évidence aucunement besoin de l’association, la fondèrent ou y vinrent les premiers. Aussi disait-on malicieusement que l’association centrale était une assurance contre la misère qui ne comptait que des gens riches. Puis les premiers secours distribués firent taire cette plaisanterie facile… ». Accompagnant ces adhésions massives, les dons sont nombreux et conséquents, ce qui permet à Paul Dechambre lors de l’assemblée générale du 20 janvier 1934 de déclarer, à propos de journées vétérinaires: «les élèves ont été frappés de la façon facile dont s’ouvrent les portefeuilles au seul énoncé du nom de l’association centrale ». 


Ces dons émanent de vétérinaires praticiens, de l’administration, de l’armée, des professeurs, des membres du conseil d’administration, des élèves d’Alfort lors des repas de promotion, du syndicat national, de sociétés de produits vétérinaires... Ils permettent l’augmentation significative du fonds de réserve et des recettes de l’Association. 


A titre anecdotique, de 1921 à 1925, la Confraternelle, association parisienne plutôt mondaine, collecte des fonds, à la fin de chacun de ses dîners, et remet cette somme à l’ACV. Ses membres appellent cette pratique, « les miettes du festin » ou encore « les miettes confraternelles ». De plus, en fin de repas, une boîte de cigare circule dans l’assemblée, pour que tous partagent ensemble le plaisir de fumer. Cette pratique offre un nouveau prétexte à des dons généreux en direction de l’ACV. Ainsi, les cigares rescapés de la soirée sont mis aux enchères et les fonds sont également reversés à l’ACV. 


L’encaissement des cotisations est bien sûr un apport financier important, d’autant plus qu’il est possible désormais de passer par le syndicat. En effet, en envoyant à ses membres son appel à cotisation, le syndicat donne aux vétérinaires, la possibilité de régler en même temps la cotisation à d’autres associations comme l’ACV. La somme est ensuite reversée à l’ACV et permet de toucher un public plus large. 


En 1930, l’annuaire Roy, aide en quelque sorte, lui aussi l’ACV dans son but d’augmenter son nombre d’adhérents. En donnant l’appartenance de chaque vétérinaire aux grandes formations professionnelles ainsi que leurs coordonnées, il permet à l’ACV de rechercher de nouvelles adhésions. 


Malgré tout, en 1931, H. Vallée, secrétaire général, s’inquiète du fait que les jeunes diplômés n’adhèrent pas plus. Le 10 janvier 1931, il écrit dans son rapport moral : « Pourquoi notre jeunesse, toujours si vibrante si compatissante aux misères d’autrui, est-elle si lente à nous venir ? C’est qu’elle ne passe pas directement des mains de ces maîtres qui s’emploient si généreusement en notre faveur - et auxquels nous adressons un reconnaissant hommage - au foyer professionnel qu’ils choisissent. Plus tard disent-ils, au sortir de l’école, dès ma clientèle fixée, je vous appartiendrai. L’oubli vient avec les préoccupations et les occasions se raréfient de conquérir le jeune confrère». 


Durant la période allant de 1936 à 1939, Paul Rossignol est président, Vivien lui succèdera et restera jusqu’en 1954. Albert Richart (Directeur des Services Vétérinaires de Seine-Inférieure de 1910 à 1948) est secrétaire général, M. Augustin, trésorier et C. Bressou entre au conseil le 3 mars 1936. 


Le souhait d’adhésions nombreuses reste une priorité, bien qu’à l’époque l’ACV comporte 3 500 membres dont 2 620 cotisants. Richart constate que seulement 10 départements (les Alpes-de-Haute-Provence, les côtes-d’Armor, le Finistère, l’Ille-et-Vilaine, l’Indre-et-Loire, la Loire, le Maine-et-Loire, la Mayenne, la Savoie, la Seine-Maritime, le Tarn) comptent autant d’adhérents que de vétérinaires et il adresse à tous les correspondants et aux directeurs des services vétérinaires une lettre, en joignant la revue et les statuts, pour leur demander d’« utiliser leur persuasive autorité » pour obtenir des adhésions supplémentaires. De plus, tous les vétérinaires de France métropolitaine et des colonies sont destinataires des documents faisant référence aux manifestations organisées autour du don de V. Even. La recherche de nouveaux membres, malgré cette période faste, se poursuit en effet intensément car ces nouvelles adhésions sont avec les placements financiers, la seule ressource de l’association. Les souscripteurs perpétuels étaient alors encouragés car leur cotisation était reversée au fonds de réserve, producteur des produits financiers. 

     2.2 Le don du domaine de la Massaye et le rêve de la maison de retraite 

Le 11 avril 1932, arrive un évènement qui, tout en couronnant cette période faste, va complètement changer l’histoire de l’ACV : Victor Even (Photo 4), administrateur de l’ACV, fait part au conseil de son souhait de donner son domaine de la Massaye à l’association. L’ampleur de la donation suscite un immense enthousiasme notamment par les perspectives qu’elle ouvre, au sujet d’une maison de retraite gérée par l’association (Photo 5 et Photo 6). Le 20 avril 1932, le conseil d’administration de l’ACV accepte à l’unanimité la donation, considérant : 

  • que les statuts de l’association autorisent pleinement l’acceptation d’un tel don qui répond au but même de ce groupement; 
  • que cette donation ne comporte aucune restriction ni réserve d’utilisation;
  • que l’association demeurera entièrement libre de disposer de ce domaine dans les conditions prévues par l’article premier de ses statuts.

 
Elle décide de désigner le domaine sous l’appellation « foyer vétérinaire V. Even ». L’acte de donation est fait le 14 septembre 1932, en l’étude de Maître Dieras, notaire à Guichen, par Jean Baptiste Victor Even et son épouse Juliette Marguerite Girard. L’ACV était représentée par le professeur Henri Vallée, secrétaire général et par le Dr vétérinaire Paul Rossignol, trésorier. L’acte fut passé en présence du vétérinaire colonel Jules Jacoulet et de Gustave Barrier, inspecteur général des écoles vétérinaires. 


Après avis du conseil d’Etat (décret du 22 novembre 1933) l’autorisant à accepter la donation, le conseil d’administration du 10 novembre 1934 confirme l’acceptation et l’ACV prend possession du domaine par acte notarié du 4 juin 1935. 


Ce don va profondément marquer l’ACV car à partir de 1935, le domaine de la Massaye sera à l’ordre du jour de chaque conseil et en sera même le point central en dehors des points classiques sur les dons et legs, les secours et les mouvements au sein de l’association. Ce don est aussi à l’origine du rêve qui plane toujours sur l’ACV, celui de créer une maison de retraite et de donner ainsi à l’association un but nouveau. 


Le 16 juin 1935 un contrat de gérance est donné à Victor Even par l’ACV : « Le conseil vous a désigné comme administrateur gérant du domaine de la Massaye dont vous avez bien voulu faire don pour y établir une maison de convalescence pour malades et de repos pour vieillards. Les membres comptent sur votre concours pour maintenir en parfait état ce domaine et donner votre avis sur la transformation des locaux et leur adaptation à leur nouvelle destination. Vous percevrez les revenus de toute nature et les emploierez à toute amélioration jugée convenable au but en vue ». 


Le même jour le conseil examine plans et devis, admet le plan d’ensemble et autorise le gérant à les faire exécuter dans les conditions du contrat de gérance. En 1936, V. Even commence des travaux à la Massaye par l’élévation d’un étage d’un bâtiment de la cour de l’orangerie et fait aménager dix chambres ainsi qu’une cuisine et une salle à manger. 


Le 3 mars 1936, prenant connaissance de la correspondance échangée entre Paul Rossignol et Victor Even au sujet des travaux en cours à la Massaye, Augustin, trésorier, fait part de son émotion devant le montant des travaux engagés. Il pense que le coût de ces travaux risque d’obérer gravement les ressources de l’association, alors que les demandes de secours se font plus nombreuses et plus pressantes et que les revenus du domaine risquent de fléchir par l’effet de nouvelles dispositions législatives. 


Le conseil d’administration estime « qu’il y a lieu de régler les dépenses engagées dans la limite des revenus perçus au domaine conformément au contrat de gérance approuvé par le conseil le 16 juin 1936 ». 


Le 22 mai, V. Even est fatigué. Il a 83 ans et demande que soit nommé un administrateur gérant. Il pressent Emile Bohuon, vétérinaire à Combourg, maire et conseiller général. Il indique qu’il va envoyer un état des frais engagés mais qu’il prendra une partie des travaux à sa charge. Malheureusement, son état de santé ne lui permet pas de faire cet envoi et il meurt le 15 octobre 1936. Après son décès, des points litigieux apparaissent. 


En 1937, l’enthousiasme qui avait accompagné, bien légitimement, l’ampleur de cette donation Even, est passé. Cet enthousiasme avait été palpable dans les allocutions prononcées tant à la fête de 1934 qu’aux obsèques de Victor Even. Ainsi, dans son discours de 1934 lors de la fête en l’honneur d’Even, Paul Dechambre, remerciant Victor Even s’exclamait : « l’émotion s’empare de moi et je crains d’être incapable de donner à ma pensée toute la forme désirable ; excusez m’en », ... « Le domaine de la Massaye est un don magnifique ».


Mais en 1937, les administrateurs prennent conscience de l’étendue du problème que pose la gestion de La Massaye. Le souhait d’Even était, par cette donation, de réaliser un vieux rêve de l’ACV, celui de créer une maison de retraite pour les vétérinaires (modification des statuts dès 1914). Il est probable que plus jeune, compte tenu de ses capacités de réalisateur et de ses énormes moyens financiers, Even aurait réussi. 


Mais Even était pragmatique et sûrement pas utopiste. Ainsi il s’était probablement rendu compte de la tâche colossale que cela représentait et des moyens financiers qu’il fallait réunir pour ce projet étant donné qu’il s’était gardé de faire figurer cette clause dans l’acte de donation qui ne comporte « aucune restriction ni réserve d’utilisation par l’ACV ».